Je ne te dis pas « merci » !

Tu viens de me donner, et les usages qui dictent jusqu’à nos mots, voudraient imposer à mes lèvres ce « merci » que disent les gens polis. Polis comme les pierres roulées par le flot des bonnes manières. Je ne veux pas être poli. Surtout pas. Et encore moins avec toi ! Tu m’as donné : un mot, un soutien, de l’argent, un service, un sourire, ou que sais-je encore. Ce don, ce bout d’âme est bien trop précieux pour que je l’annule par un « merci » !

boite à motsTu l’auras compris : je revisite en ce moment nos us, les questionne, les sonde et propose de les réinventer. Pour réenchanter le monde. Choisir les mots, pas seulement ceux qui sont couchés dans nos proses, mais aussi ceux qui sont debout quand on cause,  les étalonner à l’aune de notre intention première, et en faire des ambassadeurs de ce que nous souhaitons de meilleur. « Merci » est un mot que dorénavant je voudrais proscrire. De grâce, si je manquais à cet appel et venais à le dire devant toi, reprends-moi alors en frère pour m’inviter à plus. A plus grande et noble relation avec toi.

Il y a dans le « merci » des bruits de monnaies et dmedaille chasseur de trésor’espèces, trébuchant sur le chemin de la relation à l’autre, et qui se logent jusque dans l’étymologie du mot. Un langage bien compris des mercenaires que celui  de « merces » qui donne « salaire » (sale-air ?) et « récompense » à qui s’acquitte de sa besogne. Ou de son devoir. De sa tâche à tout du moins. Et qui peut questionner les intentions qui sont nôtres lorsque l’on donne. Que de fois donnons-nous dans l’attente d’un retour, d’une récompense… Je préfère alors réserver le « merci » au mercenaire qui se cache en nous et demande récompense sous l’habit du cadeau. Le don mérite plus qu’un salairevoilà ce que je te propose en ne te disant pas « merci ». 

Il y a dans le « merci » des bruits de portes qui se ferment, là où le don s’offre en ouverture. Comme si la puissance du don nous était à ce point difficile à recevoir, qu’il nous fallait vite rétablir ce déséquilibre inconfortable. Action-réaction. Don et contre-don. Ne surtout pas laisser de place au déséquilibre. Trop risqué, dans nos relations établies, de se croire en dette auprès de l’autre ? Vite alors, nous apprend-on dans le manuel de survie sociale, vite alors, contrebalancer le don de l’autre par un « merci » qui nous rend quitte. Un « merci » où l’on se quitte : soi-même, l’autre et la relation. Oh… comme j’aspire à rétablir dans nos déséquilibre.jpgrelations la joie du déséquilibre. Comment danser autrement. La danse du don, savouré dans son élan, respecté dans l’espace infini qu’il crée, dans le mouvement qu’il ouvre. Il faut que se lézarde le mur des équilibres comptables, pour créer la brèche qui permet la rencontre. La vraie. Moins d’équilibre et plus d’équi-liberté dans le don, voilà ce que je te propose en ne te disant pas « merci ». 


Il y a dans le « merci » des bruits de claques que l’on donne,
 comme la claque qui fait naître les applaudissements et vient sanctionner le plus médiocre des concerts : plus la claque est rapide, et plus la main censée dire « bravo » trahit un « enfin ! » teinté de lourde ingratitude à l’égard des artistes. Je te propose mieux que cela : ne pas faire claquer le bruit du le vide« merci », et laisser respirer le silence entre nous. C’est dans cet espace, dans ce vide de bruit, que je peux savourer ce que tu me donnes. Yeux dans les yeux, dans cette intimité d’être, je contemple ce qui se crée entre toi et moi. Ce lien du don. Ce plein de ton don. Qui a enfin l’espace du vide pour se déployer. Voilà ce que je te propose en ne te disant pas « merci ». 

Il y a dans le « merci » des bruits de couloirs sans issue, que nos pas malhabiles de la relation arpentent avec fierté, nous faisons croire que nous sommes origine et fin de toute chose. Des couloirs qui rétrécissent nos horizons en te positionnant à l’origine du don, et moi en fin de la relation, dans un aller-retour à deux qui n’ouvre pas à l’infini du trois. Le « merci » qui ne se dit pas, donne prolongement à ce que tu donnes : plus loin que moi, l’élan va porter son fruit et devenir créateur. De plus loin que toi, l’élan t’a traversé et rendu co-créateur. Me voilà invité, ni à prendre, ni même à recevoir pour moi, me voilà invité à créer avec toi, à rejoindre ton élan, lui rajouter mon talent. Mon don. Pour faire oeuvre commune. Entre l’alpha et l’oméga, tout est fermé et connu ; le don créateur, lui, se loge aurore borealedans l’infini de l’espace qui sépare l’oméga de l’alpha. Voilà ce que je te propose en ne te disant pas « merci ». 

Je ne te dis pas merci… Tu l’as compris, ton don nous invite à plus, au prolongement dans une danse relationnelle, au silence pour savourer, à l’ouverture et à la co-création en équi-liberté. C’est sans doute cela le mouvement qui donne naissance. Naissance avec toi, c’est co-naissance. Et lorsqu’il y a renouveau de ce mouvement, c’est sans doute-là que l’on expérimente la re-co-naissance… C’est ce que je vis à travers ce don que tu me fais. Je t’en témoigne.

Haut et fort, je te dis la Joie que je vis à être avec toi dans cet élan et au service de la Vie  🙂 

(*) Livre-Don : livre offert par l’auteur et la communauté de donateurs à l’ensemble de la communauté de lecteurs selon les liens de « l’économie du don » qui permettent à chacun de choisir librement sa place 🙂

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s